Conseil municipal du 23/04/2019

Monsieur le Maire,

Il y a 3 ans, vous ouvriez le conseil par un grinçant « souriez, vous êtes filmés, mais pas par nous ». Vous annonciez ainsi l’arrivée, bien malgré vous, dans la vie publique de l’association des Sycophantes Vidéastes, qui a depuis filmé et diffusé en licence libre tous les conseils de Brest et de la Métropole, grâce au dévouement de quelques bénévoles. Vous aviez d’ailleurs tenté d’empêcher la captation et la diffusion des conseils, mais la jurisprudence était heureusement en faveur des Sycophantes. Qu’ils soient ici remerciés pour le travail fait. On ne peut donc que saluer le relais enfin pris aujourd’hui par la collectivité dans cette mise à disposition à destination du plus grand nombre de nos débats. Un léger malentendu a cependant teinté d’inquiétude les débuts de ce relais : en effet, votre cabinet a pris la peine d’appeler un membre des Sycophantes Vidéastes pour lui signaler qu’il ne serait plus autorisé à filmer en raison de la diffusion des conseils sur le site de la ville. Heureusement, la même jurisprudence est toujours là pour permettre aux habitants de filmer et diffuser eux-mêmes les conseils s’ils le souhaitent.

De vidéo, il sera encore question dans notre conseil, avec la confirmation de votre toute nouvelle foi dans la vidéo-surveillance et l’installation de nouvelles caméras sur quelques bâtiments publics, dont l’Hôtel de Ville. Bien sûr, faire voter une telle délibération quelques semaines à peine après votre propre sortie de garde à vue pourrait prêter à sourire si ce n’était pas ainsi nos libertés individuelles qui étaient menacées. Mais peut-être souhaitez-vous, pour lutter contre la délinquance « minimalement rationnelle » (pour citer la délibération) en col blanc, installer ces caméras dans les bureaux de vos bras droits ou au local du Parti Socialiste, en complément des écoutes judiciaires auxquelles vous êtes soumis ?

Revenons donc sur cette affaire des indemnités des élus socialistes pour laquelle un juge d’instruction, nommé après une enquête préliminaire, a décidé de vous entendre, comme les deux autres protagonistes de l’affaire, sous le régime de la garde à vue dans une enquête pour abus de confiance et détournement de fonds publics. Deux mises en examens sont déjà prononcées, sur les qualifications d’abus de confiance et de complicité d’abus de confiance, mais d’autres pourraient venir. Dans ce cadre, le juge aurait pu souhaiter vous entendre sous d’autres régimes procéduraux : témoin, témoin assisté… mais est-ce la découverte de versements d’argents de l’association Vivre à Brest vers votre compte à des dates où vous aviez pourtant affirmé ici même n’avoir plus de lien avec Vivre à Brest qui a motivé votre placement en garde à vue et votre mise sur écoutes judiciaires ? Ces procédures sont lourdes et ne sont pas décidées à la légère.

En décembre, nous étions nombreux à vous poser ici des questions, restées sans réponses pour la plupart. Vous aviez même perdu patience, me lançant un « fais chier » immortalisé par les Sycophantes. Caméra, garde à vue et grossièretés, tout de même, ça finit par faire plus Balkany que Jean Jaurès.

D’autres questions viennent donc aujourd’hui s’ajouter à celles posées lors du conseil de décembre 2018 : avez-vous menti en nous affirmant n’avoir plus eu de lien avec l’association Vivre à Brest depuis 2001 ? Vous dites vous-même dans la presse que l’association vous aurait versé des fonds en 2008 dans le cadre de la campagne des municipales. Qu’en est-il de la campagne de 2014 ? Si les procédures ont été différentes entre 2008 et 2014, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Vous annoncez que d’autres élus socialistes sont ou vont être entendus par le juge d’instruction. Vont-ils l’être également tous sous le régime de la garde à vue ? Des élus socialistes ou anciens socialistes se sont-ils portés partie civile dans cette affaire ? Seront-ils entendus pour leurs déclarations de revenus à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique dans lesquelles ils ont déclaré percevoir des sommes qui allaient en fait à Vivre à Brest ?

Vous avez choisi de parler à la presse le jour même de notre conseil. Que penser d’un maire qui préfère répondre aux questions de la presse locale avant celles des élus ? On note cependant qu’une question de la presse n’obtient pas de réponse : celle d’une démission éventuelle. Pourtant il fut un temps où cette démission aurait été une évidence. Un temps où, soupçonné dans une affaire d’abus de confiance et de détournement de fonds publics, mis en garde à vue, un élu socialiste aurait démissionné, pour permettre au juge d’instruction de travailler dans un climat serein. Un temps où une marque d’un pareil mépris pour les habitants était le fait des élus de droite : Pasqua, Balkany, Fillon… Fillon dont on apprend justement aujourd’hui, deux ans après le scandale, le renvoi devant le tribunal correctionnel, et pour lequel vous n’aviez pas de mots assez durs lorsque soupçonné puis mis en examen, il a affaibli son propre camp politique en refusant de se retirer, avec le résultat que l’on sait.

Pour conclure sur une remarque positive, je veux tout de même féliciter les minoritaires de votre majorité, EELV bien sûr mais aussi PCF, UDB, BNC…. En effet, ils nous avaient annoncé après l’éclatement du scandale vouloir travailler sur la transparence. C’est tellement réussi qu’on doit bien l’admettre : on a beau regarder, ils sont parfaitement transparents.

 

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